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vendredi 3 mai 2013

Metamorphose - Chapitre 12 - Tout Commence où Tout Finit

Chapitre XII - Tout commence où tout finit
Quatre-vingt ans plus tard, à Bannockburn, Ecosse.


Nathanael errait dans les rues de Bannockburn, une petite ville écossaise, composée principalement de pavillons alignés les uns à côté des autres.
Depuis la mort d'Elvira il n'avait cessé de compter les jours, les années, elle lui manquait et ne parvenait pas à oublier.
Il n'avait plus jamais revu ni Lüdwig et Geillis, ni Julia, qui le tenaient pour responsable. Et il l'était, il avait tué Elvira de ses mains, même sous l'emprise de Zhoran, il était certain que la haine qu'il ressentait aurait amené la même fin. Il savait au fond de lui que jamais il ne pourrais se le pardonner.
Elvira avait fait beaucoup d'erreurs dans sa vie, mais elle ne méritait pas ça. Elle n'avait pas mérité cette mort. La culpabilité restait sa seule compagnie depuis ce jour.
Il avait toujours cru que se venger d'elle aurait apaisé sa colère, mais en réalité, ça n'avait fait qu'empirer. A présent qu'il comprenait ce qui avait poussé Elvira à le transformer, il lui avait pardonné.
Elle était morte sans avoir été absoute, ça le rendait plus mélancolique que jamais, parce qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer, à présent il regrettait de ne jamais le lui avoir dit.
Cette erreur là était irréparable.
Depuis le jour de sa mort, il était resté absolument solitaire, il avait d'abord passé deux ans enfermé dans la maison du Loiret, celle où Elvira aurait aimé passer les siècles à venir. Il y avait ramené tous ses livres, ses valises emplies de souvenirs. Il n'avait pas pu se résoudre à les abandonner, car c'était la tout ce qui restait d'elle.
Au terme de ces deux ans, n'y tenant plus, il parti sur les routes, errant ça et là, sans vraiment savoir où il allait.
Il avait ainsi traversé la plupart des pays auropéens, puis il parti en Amérique, où il resta quelques années, traversant un par un les Etats Unis, puis les provinces canadiennes. Arrivé à Montréal au bout de tant de temps, lassé, il voulu enfin retourner dans son pays natal, l'Angleterre.
Il vécu à Londres un bon moment, mais rien n'apaisait sa douleur. Il fut obligé de quitter l'Angleterre après qu'un homme l'ait surprit en train de voler des poches de sang dans un hopital.
C'est ainsi qu'il vint en Ecosse, qu'il traversa de part en part, remontant d'abord le pays vers le nord, par l'est, jusqu'à Inverness, puis le redescendant par l'ouest, jusqu'à Stirling, puis enfin Bannockburn qui se trouvait à quelques kilomètres au sud.

Bannockburn était une ville à l'histoire interressante, cise entre Glasgow et Edimbourg, au sud de la Forth; elle était un lieu légendaire, où Robert Bruce, roi d'Ecosse entre 1306 et 1329, avait défait les anglais en 1314. Une victoire que les Ecossais commémoraient encore après six siècles. Malheureusement, cette victoire bien que décisive, n'avait pas réussi à garder les anglais loin de l'Ecosse, celle-ci finit par tomber sous leur joug.
Nathanael ne put s'empêcher de penser qu'Elvira était née peu après cette période, elle avait vécu une bonne partie de l'histoire écossaise. Elle avait dû voir l'Ecosse tomber lentement mais surement entre les mains des anglais. Lui ne connaissait l'Histoire de l'Ecosse que parce qu'on la lui avait enseignée dans sa jeunesse.
Il n'avait pas choisi Bannockburn sciemment, cependant il trouvait là un peu d'apaisement. Les habitants de ce hameau étaient si paisibles, ordinaires en somme.
L'Ecosse était un pays où la réalité et les légendes s'emboitaient, l'un allant rarement sans l'autre dans son histoire. L'Ecosse était incontestablement le pays des légendes.
Etant lui même une légende, Nathanael se sentait chez lui en ces lieux.

Cela faisait maintenant plusieurs dizaines d'années qu'il vivait à Bannockburn. Il vivait dans un pavillon qui avait été laissé à l'abandon après que son locataire ait disparu sans laisser de traces.
Personne ne semblait savoir qui vivait là auparavant, c'était en fait comme si ce personnage n'avait jamais existé. Un soir il avait demandé à un passant qui occupait ces lieux, cette personne avait été incapable de répondre. Il lui avait répondu, un peu géné, qu'il savait connaitre la réponse, mais celle-ci restait bloquée dans sa mémoire. Il avait eu beau chercher, essayer, rien.
L'homme lui confia que c'était comme avoir un mot sur le bout de langue, on savait qu'il existait, on savait connaitre ce mot, mais impossible de le retrouver.
Il lui confia alors qu'une légende urbaine racontait que la maison avait été le refuge d'un esprit maléfique, une sorte de présence fantômatique. Bien sûr ce n'étaient que racontars, cela n'avait rien de réaliste, on avait créé cette légende parce que comme ce passant, personne ne parvenait à se rapeller qui vivait là.
Le propriétaire lui-même savait avoir reçu des loyers pendant des années jusqu'à il y avait cinq ans, sans se rapeller qui les payaient, d'autant que les fiches de loyer avaient disparu elles aussi.
Ce mystère faisait la joie des amateurs de paranormal. Mais dans le fond, de ce mystère personne ne s'en souciait. La maison avait été laissée vide, personne ne voulait la louer.
Alors Nathanael avait pris posséssion du lieu. Afin de pouvoir le garder, il avait trouvé un boulot, il était gardien de nuit dans une morgue.
Quelle ironie! Un cadavre entouré de cadavres. Cela lui permettait de payer le loyer modeste de la petite maison de Carseview, au bout de Station Road, l'avenue principale de Bannockburn.

Le propriétaire n'avait guère été très regardant sur l'apparance glacée du nouveau venu, tant qu'il percevait à nouveau des loyer pour cette barraque. Il ne les recevaient d'ailleurs jamais en mains propres, Nathanael et le propriétaires ne s'étaient rencontrés qu'une seule fois. Ainsi, depuis près de soixante ans que Nathanael vivait là, l'homme n'avait jamais eut loisir de s'apercevoir que son locataire ne vieillissait pas.
Nathanael se faisait tellement discret que personne ne sembla même s'apercevoir de sa présence. Ceux qui visitaient la morgue ne se souvenaient guère du gardien. Qui plus est, il n'avait pas de collègues, et son employeur ne s'intérressait pas à lui, se contentant de lui faire parvenir son salaire.

C'était une vie mêlée d'ennui et de quiétude. Personne, à son immense satisfaction, ne venait troubler sa solitude.
Il passait les journées cloitré dans l'obscurité de sa demeure, à noyer ses regrets et sa douleur dans le whisky. Cela n'avait pas l'effet d'ivresse, mais il espérait qu'en se remplissant ainsi elle viendrait peut-être. Il voulait oublier. Oublier sa vie, oublier Elvira, il voulait juste reprendre pied. Mais chaque fois qu'il ne devait penser aux choses matérielles, son travail, son loyer, alors les yeux d'Elvira, si emplis de douleur, lui revenaient en mémoire.
Elle ne l'avait jamais quitté, et il savait tout en voulant ardament le nier qu'elle ne le quitterais jamais.
Tous les amis qu'il avait étant humain étaient morts sous ses yeux, il avait su faire face, il faisait avec, il avait tenu le coup, parce qu'il n'avais pas eu le choix. Mais perdre Elvira, tuée de ses mains, la femme qu'il aimait, qui avait fait de lui ce qu'il était, ce n'était pas quelque chose dont il pouvait se remettre.
Souvent le soir, entre la tombée de la nuit et l'heure où il devait se rendre à la morgue, il prenait la direction de l'est, au milieu de champs à quatre cent mètres de Caresview. Là se trouvait un endroit reculé de tout, une petite mare ceinturé de rochers, qui scintillait paisiblement sous les étoiles. Il s'y posait, assis sur l'herbe humide et parlait à l'infini, espérant que l'âme d'Elvira pourrait l'entendre.
Il lui répétait ô combien il était désolé, conscient que rien ni personne ne pourrait lui accorder son pardon. Il se savait inexcusable. Il avait juste besoin de parler, il avait besoin de l'espoir que les morts puissent entendre les vivants - ou les vampires.

Un de ces soirs de "conversation" avec l'infini, il fut ébranlé par une sorte de secousse. Une vibration. Il se releva avec effroi, ce son lui avait instantanément rappellé celui qui émanait de Zhoran lorsque celui-ci avait prit le contrôle de son âme.
Sur le qui-vive, il s'attendit à voir le Gardien descendre du ciel. Il n'en fut rien. Du néant apparut un homme, a la forte carrure, les épaules larges, musclé, il semblait avoir dans les quarante ans.
Ce n'était pas Zhoran. Nathanael en fut soulagé, mais il demeurait prudent. L'homme, lui aussi, sembla surprit de la présence de Nathanael.
Ce dernier lança à l'intention du nouveau venu:
" D'où sors-tu? Qui es-tu?
L'homme sembla sourire, le visage à demi caché dans l'ombre. Il parla à son tour.
-Je me souviens avoir posé la même question il y a longtemps... Je m'apelle Kenneth MacEnruig, je viens d'un monde où règnent les légendes.
-J'ai... entendu parler de ce monde.
-Dans ce cas je n'ai pas besoin de te faire un spitch!
-Non, je suppose, non. Que viens-tu faire ici?
-Je suis né ici, dans cette ville, dans ce monde. Je suis venu pour, disons, régler une affaire. Il y a déjà bien longtemps que Kelan, ma femme, est venue me chercher. Elle est fille du peuple d'Ambre, c'est un peuple qui a pour but de réconcilier le monde des humains et le monde des fééries.
-Tu es revenu pour faire quoi exactement?
-Pour la raison que je viens de te dire. Quand je suis parti, je suis en quelque sorte devenu une légende. Aujourd'hui je viens pour révéler au monde ce qui m'est arrivé, pour que chacun connaisse l'existence des mondes.
-Alors c'est toi... C'est toi qui vivait autrefois dans la maison que j'occupe? Les gens racontent qu'elle était habitée par un démon. Je comprend mieux, maintenant.
-Tu vis chez moi? Je suis content que quelqu'un ait repris cette maison.
Kenneth fronça les sourcils et demanda:
-Mais au fait, je ne sais pas qui tu es, toi.
-Nathanael Witmore. Je suis un vampire. Mais ne t'en fais pas, voilà presque cent ans que je n'ai plus gouté au sang d'un être humain vivant.
-Voilà qui est rassurant..., répondit Kennteh, esquissant un sourire gêné. Je ne m'attendais déjà pas à ce quelqu'un s'attarde ici, je m'attendais encore moins à un vampire! Y a-t-il une raison à ta présence?
Après un long silence, Nathanael répondit enfin.
-Il y a longtemps maintenant, j'ai... perdu un être qui m'était cher. Je viens ici me receuillir.
-Je comprends. Cet être était un vampire, comme toi?
-Oui, mentit Nathanael.
Il ne voulait pas que l'inconnu sache que la dernière représentante de la race des Dhampire, la race la plus importante pour tout les mondes, était morte. De ses mains qui plus était.
-Sais tu qu'il existe un monde réservé aux morts? reprit Kenneth. Dans la mythologie Nordique, on l'appelle Hellheim.
-Oui, oui, on m'en a parlé.
-Dans ce cas tu dois savoir que ton ami a rejoint ce monde?
-Quoi? Non, c'est impossible, elle... non.
-Il est vrai que beaucoup de portes menant à ce monde se sont fermées depuis quelques temps, piégeant dans ce monde nombre d'âmes humaines, mais lorsqu'un vampire meurt, son âme rejoint ce monde. C'est un passage obligé. Ni la Gardienne Hel, ni le Gardien suprême ne pourraient empêcher les âmes des morts de rejoindre son monde.
-Le Gardien suprême... Zhoran, prononca Nathanael avec dégout.
-Zhoran, oui. Comment le connais-tu?
-C'est une longue histoire, et je ne tient pas plus que ça à y revenir.
-Zhoran est le Gardien de tous les mondes, mais il est aussi Niddoghr, le serpent qui dans la mythologie ronge les racines d'Yggdrasil. Je ne sais pas ce que tu sais de lui, mais Zhoran est un être double. Il est le bien et le mal, le Yin et le Yang, il est le créateur et le destructeur. Ses deux moi sont maintenus dans un status quo, il ne peut faire le bien sans le mal, ni faire le mal sans le bien.
-Ce n'est pas ce que j'ai constaté.
-Impossible. Aucun de ses deux moi ne peut prendre le pas sur l'autre.
-J'ai menti. Elvira, l'être cher que j'ai perdu, n'était pas un vampire. Je te dois la vérité. Elle était la dernière dhampire. Il l'a tué en prenant le contrôle sur moi. Il m'a avoué son but de détruire les mondes.
Kenneth resta silencieux un moment, plongé dans ses réflexions.
-C'est une catastrophe... Je pense savoir ce qui s'est passé. Les dhampires sont les seuls à pouvoir influer sur l'espace et le temps. Zhoran est leur création. Or, si Zhoran est devenu ce que tu décris... Alors cela veut dire qu'un dhampire à changé l'ordre établis. Nous devons retrouver le dernier dhampire et l'amener à réparer le Gardien pour qu'il retrouve son équillibre.
-Mais je te l'ai dit, le dernier dhampire est mort!
-Non. Nathanael, les dhampires ne sont pas différents des humains et des vampires. Lorsqu'ils meurent, ils rejoignent Hellheim.
Nathanael senti des larmes couler sur son visage en entendant les paroles de Kenneth.
"Elvira est vivante" se disait-il.
-Alors nous devons nous rendre à Hellheim, retrouver Elvira et la ramener! s'écria le vampire, soudain empli d'espoir.
-Ce n'est pas si simple. Ma fille, Arianell, a découvert récemment que toutes les portes entre ton monde et Hellheim étaient closes. Pour rejoindre Hellheim, nous devrons emprunter des portes qui ne se trouvent pas dans ce monde. Zhoran a bien prévu son coup. Il devait savoir l'importance de la dhampire, aussi il s'est mis à refermer une par une toutes les portes de ce monde, afin qu'il soit inaccessible...
-Mais c'est faisable, si nous faisons vite, nous pouvons encore rejoindre Hellheim.
-Nous n'avons pas le choix. Tu dois repartir avec moi dans le monde des fééries. Tu as connu la dernière dhampire, elle était ton amie à ce que tu m'as dit, alors tu dois venir avec moi.
-Elle était bien plus qu'une amie. Je n'ai d'autre but que de la retrouver.
-Ensemble nous allons la retrouver, et la ramener."

Sur ces mots, Kenneth, entraina Nathanael à travers le passage situé entre les deux rochers qui dominaient la mare aux eaux transparantes.
Ils débouchèrent sur cette même mare, mais quelque chose semblait différent. Il n'y avait pas les lueurs de la ville au loin. Soudain un dragon blanc passa au dessus d'eux, celui-ci se posa non loin, et appella Kenneth d'une voix rocailleuse.
Nathanael resta figé sur place tandis que Kenneth répondait au dragon. Nathanael n'entendit pas leurs paroles, ne reprennant ses esprit que lorsque l'homme le secoua, l'invitant à monter sur le dos du dragon qu'il nomma Himrod.

Kenneth et Nathanael prirent place sur la selle de Himrod, qui s'envola aussitôt, au dessus de prés illuminés par la pleine lune. En contrebas Nathanael aperçut des créatures qu'il pensait nées de l'imaginaire de vieux écrivains. Sous ses pieds vivaient les légendes et les mythes.
Une émotion qu'il n'avait plus ressenti depuis des siècles- le bonheur, succéda à l'émerveillement.
Seuls ces mots vibraient dans son esprit: "Elvira est vivante".




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Fin du Tome 1. 

Metamorphoses - Chapitre 11 - Intrication, Destruction, Réparation

Chapitre XI - Intrication, Destruction, Réparation


Ce fut ce moment de parfaite confusion que choisit William Finn pour faire son apparition. Il s'était approché à pas de loup, effrayé par ce qu'il voyait mais déterminé à accomplir la mission qui lui avait été donnée à sa naissance par son ancêtre.

"Pourritures! lanca-t-il, s'élancant sur la jeune femme.
Celle-ci se releva aussitôt, et empoigna William.
-Toi! éructa-t-elle.Tu es donc le descendant du fils de pute que j'ai tué! Comment ne l'ai-je pas su...
-Je pensait t'avoir tué, tu es plus coriace que je ne l'imaginais.
Nathanael saisit le cou de son adversaire, laissant Elvira interdite.
-Qu'as tu fait? dit-elle.
-Il voulais te tuer! Jamais je ne n'aurais permis cela!

Zhoran se mit à rire, tendis la main vers les trois êtres qui se trouvaient là, les ramenant à lui. Tout son être transpirait maintenant la malveillance. Il avait sur son visage l'expression d'un homme qui s'amusait avec des pantins, un sourire en coin, les yeux noirs à présent.

"Elvira. Révèle toi. Nathanael. Abaisse le destin. William. Tu dois périr entre leurs mains."
Il les relacha alors, et du bout des doigts retira les âmes du vampire et de la dhampire. Ils devinrent tout deux alors comme deux bêtes enragées, se jettant sur l'homme impuissant qui face à eux voulu fuir. Sans succès, les deux créatures se disputaient ses chairs.
Il ne resta bientôt plus rien qui put rappeller à quiconque qu'il fut un jour un homme.
Zhoran replaça alors les âmes de ses créatures.

William n'avait été que fétu de paille, vite soufflé, comme s'il n'eut jamais existé.
"Personnage inutile, narrateur. Âme destructible. Inutilité"
Zhoran, ce n'était pas à toi de mettre fin à son existance.
-Gefjon m'avait prévenue de ne pas te faire confiance, cria Elvira à l'intention de Zhoran.
"Périr pour guérir les mondes."
-Arrête tes simagrées, et parle!
"Cristal originel, lové en ton âme, tu as volé la clé."
-Quelle clé?
-Elvira, intervint Nathanael. Keagan est venu me voir, il m'a... révélé ta véritabe nature. Mais pas seulement.
Nathanael lui rapporta les paroles du démon, ce qui eut pour effet de laisser Elvira pantelante.

Elle se sentait plus vide que jamais. Ces révélations, sur elle, sur l'impact qu'elle avait sur les mondes.
Elle n'aurait pas dû naitre dans ce monde, c'est ce qui faisait d'elle une erreur. Zhoran avait parlé d'un cristal, il se refusait à en dire davantage.
"Nathanael. Abaisse le destin."
Abaisse le destin sur la mortelle.
-Toutes ces années j'ai cru que je ne pouvais plus rien ressentir. J'ai cru que... j'ai cru tellement de choses. Je ne sais plus, j'ai fait tellement d'erreur, et pourquoi?
Pendant qu'Elvira se lamentais, agenouillée dans la neige, Nathanael eut un mouvement de recul. C'était le moment où il devait agir. Keagan lui avait donné pour mission de réparer l'erreur.
Un voile sombre passa soudain dans ses yeux. Il la haissait tellement, à présent seule cette pensée l'étreignait. Il s'approchait lentement d'Elvira, tandis qu'elle répetait:
-Une erreur... Une erreur. Tout n'est qu'erreur. Ma mère est vivante. Une erreur, une erreur... Oh, Nathanael...
-Tu as détruit ma vie sur la base d'une erreur. Tu es une erreur, une monstrueuse erreur, oui. Garce! Regarde ce que tu m'a fait! Pourquoi, Elvira, pourquoi? J'étais heureux. Je t'aimais, et j'aurais pu t'aimer encore si tu n'avais pas commis cette erreur, cette erreur fondée sur une erreur.
-Je suis tellement désolée, Nathanael. Pourras-tu un jour me pardonner?
-Non. C'en est fini.
Derrière Nathanael, Zhoran observait la scène de ses yeux noirs, l'air satisfait.
-Je dois réparer le mal dont tu es la cause.
-Nath...
Il la giffla si violemment qu'elle roula sur plusieurs mètres avant de s'étaler de tout son long, au milieu d'une volée de flocons légers. Les larmes ruisselaient sur son visage. Elle inspira une grosse goulée d'air, comme si elle avait soudain retrouvé l'usage de ses poumons.
Elle eut à peine le temps de relever les yeux vers Nathanael que celui-ci se jetta sur elle, enragé. Il empoigna ses épaules, et la frappa sur le sol en un endroit où la glace était plus dure.
Un tâche de sang la macculait maintenant. Elvira était comme une poupée de chiffon que Nathanael malmenait, rugissant.
Dans son esprit il n'entendait plus qu'un lourd vrombissement, qui martelait son crane, le repoussant jusqu'à ses limites.
Elvira ne cherchais pas à se défendre. Elle ne cessait de répéter, d'une voix éteinte, qu'elle était désolée, que tout n'était que mensonges, tout n'était qu'erreur.
Nathanael la frappa si fort qu'elle se tut tout à fait. Il continua de la secouer, hurlant, des larmes acides s'échappaient hors de son contrôle.
Les vibrations dans son crâne cesserent aussitôt.

Dominant la scène, Zhoran aux yeux noir se mit à rire. Pour la première fois, il parla distinctement.
"Ce n'était pas elle. Sa mère détenait la clé des mondes. Tu viens de briser la clé."
Il prit alors l'apparance de Keagan.
Nathanael resta sans voix, il s'était fait berner par le Gardien. D'une voix humaine, il continua:
- Elvira était la dernière de sa lignée. Une lignée de Dhampires, la seule lignée représentante de cette espèce. Il y a de cela des siècles, le roi des elfes décida de se prémunir de la malveillance des hommes en ouvrant des portes qui menaient à un autre monde. Mais il n'a pas fait cela tout seul. La seule espèce capable d'intriquer les mondes les uns aux autres était celle des Dhampires. A l'époque ils étaient légion. Les premiers Dhampires ont évolué à partir d'un cristal. Pas un minerai, mais un organisme vivant, qui a l'instar des cellules qui plus tard donnèrent l'Homme évolua en une espèce capable de maitriser la matière noire, l'espace et le temps.
Mais ces créatures, si exceptionnelles, étaient fragiles bien que puissantes. Le roi des elfes ouvrit les portes des mondes grace aux Dhampires, et extermina la presque totalité de la race. Tous sauf une. Une Dhampire, l'ancêtre d'Elvira. La mère d'Elvira à enfanté le dernier Dhampire. J'ai tué sa mère et attendu qu'elle soit suffisamment solide pour activer sa métamorphose et l'ai amenée à te créer.
Elvira n'était pas une menace pour l'équilibre des mondes. Elle était une menace pour moi! Maintenant je peux devenir ce cristal. Il faut savoir que chaque forme que je prend est un être que j'ai tué. Maintenant je peux modeler les mondes à ma guise. Merci de m'avoir aidé dans cette tâche. Je vais anéantir ce qui n'aurait jamais dû être. Oh, tu as le temps, tout ceci ne se fait pas en un jour. Ca te laissera largement le temps de pleurer la mort de la femme que tu aime.
Tu dois certainement te demander quel intérêt j'ai a détruire les mondes?
Zhoran fit une longue pause, puis reprit, un sourire aux lèvres:
Je n'en ai aucun."

Sur ces mots, Zhoran, sous les traits de Keagan, se retourna vers Yggdrasil qui continuait de se mouvoir tel un spectre. Le métamorphe se coula dans l'écorce, qui à son tour se mit à fondre. Bientôt l'arbre tout entier s'éffondra sur lui même, et rejoignit le ciel comme il en était descendu.
Nathanael courait à sa suite, hurlant de rage. Les dés étaient jetés.

Il vint auprès du corps étendu d'Elvira.
Il se mit à lui parler, il répéta, la voix éraillée par le chagrin:
"-Elvira ma douce Elvira pardonne moi, tu n'es pas seule, je tiendrais ta main dans la mienne, mais je t'en prie reste! Reste avec moi! Je suis tellement désolé. Je t'aime, je t'ai toujours aimé. Je te pardonne, je te pardonne, mais reste!"
Elvira n'avait jamais agit par égoisme. Elle avait été manipulée, comme lui, Zhoran avait dicté ses actes. Il lui pardonnait, pace qu'il se rendait compte qu'il n'y avait rien à pardonner, puisqu'elle n'avait commis aucune faute. Ses pires erreurs étaient dues à Zhoran. Et maintenant, il espérait ardemment qu'elle puisse entendre son pardon, et se pardonner elle-même avant d'expirer. Car il savait que malgré sa volonté de la tenir en vie, l'issue pour elle était fatale.

Elle respirait encore, très faiblement. Elle plongeait dans l'oubli, ses yeux bleus battant frénétiquement sous l'effet de la douleur, des goutellettes de larmes étaient accrochées à ses cils.
La dernière chose qu'elle vit fut le visage de Nathanael, riant et pleurant tout à la fois. La dernière chose qu'elle senti fut sa main sur son visage tuméfié. Les dernières paroles qu'elle entendit furent: "Ta main dans la mienne."
La dernière chose qu'elle ressentit fut de la haine.
Alors elle plongea dans son dernier sommeil.

Il se passa de longues heures avant que Nathanael ne se décide à emporter le corps mort d'Elvira. Il la ramena dans ses bras jusqu'à Longyearbyen, où ses amis attendaient son retour.
Une vague de douleur passa sur eux tous, ils veillèrent son corps sans vie durant des jours avant de l'enterrer sous la terre, sous la neige. Pour sa dernière métamorphose.

Metamorphose - Chapitre 10 - Le Gardien

CHAPITRE 10: Le Gardien

Le lendemain, Elvira entama sa marche vers le nord de l'île principale du Svalbard. La nuit permanente lui permettait d'avancer sans avoir à s'arrêter.
De nombreux flocons de neige flottaient autour d'elle, épaississant davantage le lourd tapis sur lequel elle laissait ses traces.
C'était une chance que la vampire ne puisse ressentir ce froid qui se faisait mordant, trempant ses lames glacées dans la chair de quiconque aurait l'idée de traverser ces terres. Elle aurait aussi bien pu se vêtir d'un débardeur et d'une jupe courte, ça n'aurait rien changé pour elle.
Elle-même ne se rendait pas vraiment compte du climat, mais elle savait. Plus tôt elle s'était appercue de la présence de l'inconnu, et de celle de Nathanael, sur l'île. Elle lisait les pensées de l'homme depuis qu'elle l'avait repéré, au matin. Ils avaient dû s'embarquer dans l'avion qui suivait le sien, ce qui expliquait qu'elle ne les ait pas entendus durant la traversée de la Mer de Norvège.
C'est parce qu'elle l'écoutait attentivement, sur ses gardes, qu'elle sut que l'air était glacial. L'homme bien que couvert ne cessait d'exprimer son mécontentement, la pensée qu'il avait ne représentait que le froid, couvrant à peine sa rage envers Elvira.
Nathanael quant a lui n'exprimait rien de plus qu'une sorte de vague crainte, comme s'il savait qu'Elvira était en danger, contre quoi ou contre qui, ça restait obscur.
Tout ceci inquiétait prodigieusement Elvira, mais malgré cela, entendre leurs pensées lui faisait un peu de compagnie.
Tout en marchant, elle se demanda comment ces deux hommes avaient fait leur compte pour ne jamais se remarquer l'un l'autre. Ca rendait la situation un tantinet burlesque, c'était un fabuleux chassé-croisé comme on n'en voyait que dans les pièces vaudevillesques.
Après tout, il était probable qu'ils ne se soient jamais rencontrés auparavant et qu'il ne puissent ainsi pas se reconnaitre.

Vers treize heures, Elvira fit une petite pose sur le versant nord du Perriertoppen, l'un des deux points culminants du Svalbard .
Elle regrettait en ce lieux de ne pouvoir assister à un phénomène météorologique relativement fréquent sous cette latitude: une parhélie. Elle en rêvait, mais ce phénomène n'était possible que le jour.
Une parhélie ressemblait en fait à un arc-en-ciel, mais celui-ci n'était pas produit par la combinaison du soleil et de la pluie. La parhélie est le resultat d'un rayon de soleil venant frapper des cristaux de glace en suspension dans l'atmosphère, c'était comme un immense anneau coloré - la lumière se divisant en bandes de couleurs pâles.
Elvira avait souvent eut l'occasion de voir des photographies de divers phénomènes météorologiques, chacun l'impressionnait, cependant la parhélie était pour elle une sorte de saint Graal. C'était d'une telle beauté, un éclat irisé qui était sublimé par sa rareté. Cela la fascinait d'autant plus qu'elle n'aurait jamais l'occasion d'en observer une.
Dans son échelle de préférences, en second venait l'aurore boréale, et elle trouvait heureux que dans la nuit polaire elles étaient quasi omniprésentes.
Au-dessus d'elle de lourds bandeaux verts sinuaient comme de la soie dans l'eau. L'aurore boréale, c'était le soleil qui crachait sur le petit cailloux nommé Terre, qui se protégeait vaillamment en usant de son champs magnétique.
Par ailleurs, sans ce champs magnétique la Terre ne serait guère plus qu'un rocher nu et aride. Un an auparavant, Elvira avait lu dans une revue scientifique qu'un jour, l'activité solaire serait telle qu'au cour d'un orage magnétique puissant, il libérerait des tonnes de matière brûlante, qui c'était probable atteindrait la Terre. Ce qui aurait pour effet de détruire tous les systèmes éclectriques et éléctroniques dans un premier temps, et ensuite d'écraser puis de souffler l'atmosphère terrestre, exterminant peu à peu toute forme de vie.
Effrayant, certes, mais tout ceci n'était que probabilités. Autant vivre l'instant en espérant que ce jour n'arrive jamais.

Après ces reflexions Elvira reprit sa route, toujours accompagnée des pensées de Nathanael et de l'inconnu. Par moments elle se demandait quand ils décideraient enfin de se montrer. Enfin, ça n'avait pas tant d'importance, elle s'y préparait. Parfois les pensées de l'inconnu se faisaient plus lointaines, comme diminuées par la distance. Il avait du mal à suivre les vampires, leur endurance lui rendait la tâche malaisée, mais il était visiblement déterminé.
Au bout du deuxième jour de marche, Elvira aperçut la calotte glacière qui s'étendait non loin au large des côtes. Celle ci aurait normalement dû recouvrir presque entièrement l'archipel, mais le réchauffement climatique faisait que la calotte glacière perdait d'année en année du terrain.
Plusieurs fois au cours de sa route, Elvira avait croisé de loin des ours polaires, amaigris par la faim, se mourrant peu à peu, et elle n'y pouvait rien. Le responsable était sans nul doute un progrés mal maitrisé. Les instigateurs du progrès n'avaient pas su prévoir les conséquences néfastes de ces technologies qui soudainement avaient changé la façon de vivre de chaque être humain ayant les moyens d'accéder à ce progrès.
Aujourd'hui il n'était pas trop tard, on pouvait peut-être encore apprendre à ces gens à se servir du progrès sans que cela implique l'auto-destruction de l'humanité. Cependant, leurs habitudes étaient ancrées depuis longtemps, et il est extrêmement difficile d'en changer. Il est plus facile de penser à autre chose, de se dire que ce n'est pas à soi de faire les efforts nécessaires, que quelqu'un d'autre pourrais s'en charger- le gouvernement, les écologistes, le voisin... Mais tous oublient que cette planète ne nous appartient pas, nous y sommes locataires; nous vivons tous en collocation sur notre planète, et il est du devoir de chacun de laisser les lieux propres en partant.
Elvira en était révoltée, néanmoins elle pouvait bien admettre que pour elle il était plus facile de se passer du progrès, non seulement parce qu'elle n'avait nul besoin de se chauffer, de se rafraichir, de manger et de boire; mais aussi parce qu'elle avait vécu près de sept siècles avant l'apparition des technologies modernes. Ses propres habitudes n'étaient pas celles des humains des vingtième et vingt-et-unième siècles.

Enfin elle atteint son but, elle se trouvait à cinq mètres à peine de l'océan arctique. Elle s'assit dans la neige, estima que ses poursuivants étaient encore loin d'elle, et se mit à attendre, à méditer, même.
Elle resta dans cette posture deux heures. Nathanael n'était plus très loin mais restait discret, et l'inconnu était encore à quelques trois kilomètres de là. Une aurore immense saturait le ciel de ses couleurs vives.
Elvira remarqua un long filet de couleur qui semblait descendre lentement vers le sol, emportant avec lui l'air autour de lui. Derrière ce long ruban ondoyant les étoiles se déformaient, s'étirant, comme entrainées à sa suite.
Le ruban se détacha de l'aurore, se rassembla en une sphere mouvante, irisée, qui vint se poser face à Elvira.
La sphère commença à vaciller, à se tordre sur elle-même, formant petit à petit ce qui paraissait être un arbre.
A son imposante carrure, Elvira reconnut en cet arbre le légendaire Yggdrasil. C'était lui, oui, aucun doute. Elvira était emplie d'une crainte révérencieuse, éblouie par la beauté de cet arbre au feuillage dense, qui s'ébrouait et scintillait comme des pieces d'argents que l'on laissait tomber au soleil.
L'arbre resta dansant lentement sous l'aurore quelques minutes qui parurent à Elvira des heures. Il était si merveilleusement beau, puissant, irréél. Il semblait irradier d'une lueur qui lui était propre. Une lueur chaude, vibrante; et pour la première fois depuis trop longtemps, Elvira se sentait sereine, apaisée, réchauffée, heureuse. Un flot de sensations, de sentiments qui lui étaient inconnus. Ce fut comme si l'arbre avait réveillé la vie qui sommeillait en elle. Oui, elle se sentait indubitablement vivante, comme jamais auparavant.
L'écorce de l'arbre se mit à couler sur elle-même. Ca changeait de forme, si rapidement qu'Elvira ne pouvait distinguer les diverses formes que la chose prenait. Puis le mouvement ralentis, la vampire apperçut alors distinctement les formes, l'écorce se muait tantôt en pierre, en renard, puis un lion, un ruissellement d'eau, une rose, et un milliers d'autres choses.
Enfin, ça prit un aspect humain. Un visage se détachait parfaitement de l'arbre, il en sortait, laissant apparaitre petit à petit un corps tout entier, qui était tantôt homme, tantôt femme, tantôt enfant, à chaque fois des traits différents. Une voix claire et profonde à la fois émana de ce corps indistinct. Elvira ne put en saisir le sens, les mots étaient prononcés dans une langue aux accents graves, coulant et faisant vibrer chaque parcelle de son corps.
La silhouette se stabilisa. Il n'était guère possible de déterminer avec précision s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Ses traits étaient fins, sa silhouette tout aussi émaciée. Sa peau était comme fait d'un mélange de porcelaine et de cristal. Ses yeux, une couleurs indéfinissable, parraissant être toutes les couleurs ensemble, s'accordant en une harmonie parfaite, il y avait toutes les couleurs imaginables qui ne se mélangeaient pas. Ses cheveux étaient d'un rouge flamboyant comme un feu. Sa peau était vêtue de ouate, comme si un nuage l'habillait.
Tout ceci semblait parfaitement irréel, mais pourtant il était là, Zhoran, le gardien. Un être unique, parfait, inimaginable. Elvira comprit que jamais elle n'aurait pu se le représenter de façon suffisament proche de la réalité.
"Enfin, je t'ai trouvé, pensa-t-elle. Tu es là, devant moi et je ne sais comment cela est possible. Je t'ai trouvé, après avoir cherché si longtemps."
Elle senti qu'elle l'avait cherché durant toute sa vie, elle ressentait une sorte de connexion, comme si elle et lui devaient être mis face à face.

Dans ses yeux se reflètaient l'extase de la victoire, le triomphe sur l'impossible. Il était comme un songe matérialisé. Réél, mais avec quelque chose de tellement étrange, comme si le chat du Cheshire sortait de son livre.
Il faisait si froid, et pourtant, il n'avait pas l'air de le ressentir plus qu'elle. Elle qui ne sentait rien...
"Détrompe toi. Tu sens ce que que tu veux sentir, mais qu'est-ce que cela signifie? Sentir les choses, sentir le froid sur ta peau, pourquoi l'éteindre alors, si le monde était si délimité, pourrait-on rêver?"
Elvira demeura interdite. Ces mots, prononcés de sa voix vibrante, étaient sans queue ni tête, et pourtant, ils voulaient dire tellement...
"Silence dans ta tête enfant, sauvage et courage, regarde devant toi, et ne questionne plus l'inquestionable. Regardes autours de toi, vois-tu les océans qui se brisent comme des coupelles pleines?"
Que voulait-il dire?
"Je veux dire tellement, tant et tant de choses, et rien seulement, pourtant, encore regarde et éteint tes soupirs."
Il m'entends, pensa-t-elle..
"Narrateur, cesse de penser pour elle, laisse la trouver seule la voie vers les sentiers rocailleux, seule vers le destin d'une enfant sauvage éclairée du souffle lointain. Vivace, laisse là, cesse de penser."
Hé! C'est mon roman, laisse moi donc, Zhoran!
"Te laisser, narrateur, toi qui ne sais pas où tu poses les pieds. Je suis vivant sous tes doigts blancs, mais je n'appartient pas à toi, à l'imaginaire et au rêve. Cesse de penser."
C'est moi qui t'ai fait ainsi
"et je t'échappe"
Tait toi et laisse moi finir cette histoire, Elvira doit
"savoir"
Trouver ce qu'elle cherche
"Même si pour cela tu dois te perdre."

Elvira ne comprenait pas, elle ne parvenait à comprendre à qui Zhoran s'adressait. Elle ne connait pas encore la multitude des mondes, elle n'a entrevu que le monde de Gefjon, mais le mien...

"Non, narrateur, elle ne connait point ton monde plus que les soupirs des anges au creux de ses sombres destins. Tu es faite elle comme je suis faite toi. Laisse là plonger regarder en moi pour appercevoir tes ombres."
Nos mondes sont semblables mais tellement lointains.
-Qui est le narrateur? demanda Elvira. Pourquoi ne puis-je l'entendre?
"Ton monde n'est pas le sien, Dhampire, cherche ailleurs les clés du vent. Le narrateur est toujours présent, il voit, déchaine et détruit, créé, se fait visiteur parfois".
-"Dhampire"? Tu veux dire vampire.
"Dhampire, ce que tu es, née de la mère au voile fané".
-Quoi?
-Tu es un dhampire, Elvira, intervint Nathanael. Elvira, surprise, fit volte face et le dévisagea.
-Je ne comprends pas... murmura-t-elle.
-Ta mère était une vampire, continua Nathanael, tu es née de l'union d'un humain et d'une vampire.
-Mais c'est quoi un dhampire? Qu'est-ce que tu racontes?
"Le Dhampire, arraché au creux d'une mère, meurt et vit en ce même temps. Regarde en toi tu l'entends, tu comprends, Dhampire, tu te destine à mourrir. Au passé tu es morte une froide nuit s'abattait sur ton visage arrachant la douceur de ton innocence. Tu es morte."

Elvira tomba sur ses genoux, les mots résonnaient dans sa tête, s'entrechoquaient violemment. Soudain, elle senti la douleur, le froid, le souvenir de la nuit qu'évoquait Zhoran revenait à sa mémoire, déferlent comme l'eau d'un barrage qui s'écroule.

-Elvira, susurra Nathanael qui s'était agenouillé auprès d'elle, tu n'as jamais... Tu n'as jamais été vampirisée, tu es née humaine, mais dhampire également. Tu es morte, rééllement. J'ai reçu... une visite inatendue. Keagan le démon...
"N'existe pas, il est né de l'esprit d'un vivant si loin"
- Elvira, continua-t-il, igorant Zhoran. Elvira, c'est un humain qui a fait de toi ce que tu es, il est mort il y a longtemps.
-Mais tout ce sang, je me souviens, il était fort...
-Parce que tu était fragile, le sang... Oh, mon Elvira, je suis tellement désolé.

Elvira comprit. Elle se rappella la nuit de sa transformation, elle était sorti après avoir entendu du bruit, puis quelqu'un l'avait happée, et trainée jusqu'au coeur de la forêt. Puis le matin, où elle s'était vue recouverte de sang, où le soleil lui avait fait si mal.
D'un coup elle se souvint de tout ce qu'elle avait oublié entre le soir et le matin. Elle se souvint des mains de l'homme secouant son corps, la retenant, la déchirant. Elle se souvint de la douleur, à l'intérieur de son corps, qui l'avait figée dans un sanglot.
Elle se souvint s'être débattue. Elle se souvint du coup qu'elle reçut sur la tempe. Elle se souvint être sorti de son coma, et d'avoir planté ses crocs dans la chair puante de l'homme qui venait de la violer. Elle avait bu avidemment son sang, tout son sang, laissant déferler sur ce corps immonde toute sa haine, sa rage, lui arrachant tour à tour ses membres.
Elle se souvint avoir laissé là les morceaux de ce qui fut son bourreau, et s'être écroulée, sanglante et sanglotante, à l'orée du bois, plongeant dans un coma profond duquel elle ne s'éveilla qu'au matin.

Elle se releva, hurla, frappa Nathanael de ses poings. Tout n'était plus que folie. Elle pensait trouver des réponses, mais elle n'imaginait pas apprendre cette vérité.

-Tout ça! Tout ça pour quoi?? Et tu savais! Pourquoi?
-Elvira...
Elle ne cessait de hurler, des larmes innondant son visage tordu de douleur, d'incompréhension, de haine. Des larmes, elle qui n'en avait jusqu'à présent jamais versé une seule.

"Vérité! Vérité! Vérité! Crache, crache! Déglutis ta haine, monstre insolent! Tu es l'assassine des mondes entremêlés Noble Gardienne"


Metamorphose - Chapitre 9 - En Terre de Borée

Chapitre IX - En Terre de Borée

L'Oresundsbron, le plus long pont à haubants du monde, environ dix kilomètres entre Copenhague et Malmö, au dessus de la Sund, fut parcouru en peu de temps.
Malmö était une ville accueillante, bien que pluvieuse en cette fin septembre. Les nombreux canaux qui l'entouraient lui conféraient l'aspect d'une île, posée au milieu de vastes plaines fertiles. L'église Fosie Kyrka dominait ce paysage plat, bienveillance battue par la pluie glacée qui semblait protéger les habitants de la cité.
Il n'y avait là rien de franchement extraordinaire, cependant ce paysage avait sur Elvira l'effet d'un calmant. Plus il défilait, plus le paysage suédois lui illustrait son avancée prodigieuse. Elle qui avait tant espéré pendant ces longs siècles, voilà qu'elle se rapprochait du but, mètre par mètre, plus rapidement qu'elle ne l'avait espéré.
Traverser Malmö prit un certain temps, les rues étaient encombrées par les habitants qui revenaient de leur travail. Ce ne fut qu'en fin de soirée que les deux voitures purent enfin sortir de la ville par le nord.
Ils passèrent la nuit à rouler sur l'autoroute longeant le littoral suédois, traversant tour à tour Halmstad, Falkenberg, Varberg, Kungsbacka, puis Göteborg. Au matin ils ateignirent Fredrikstad, première escale norvégienne de leur périple.
Les vampires décidèrent de s'y arrêter quelques heures afin de permettre à Julia de se reposer, celle-ci n'ayant pas leur capacité à rester éveillés indéfiniment sans jamais ressentir la fatigue. Qui plus est, elle avait également besoin de se nourrir, les provisions qu'elle avait emporté s'étaient taries la veille au soir. Son régime alimentaire était une sorte de compromis entre les régimes félin et humain, elle était omnivore et se nourrissait en petite quantités toutes les trois heures environ. Comme la plupart des chats, ses préférences allaient vers les produits de la mer et les viandes rouges saignantes, ce qui contenta tout le petit groupe, qui put ainsi passer moins de temps à trouver un repas qui convint à tous.
Ceci fait, tous reprirent la route, continuant à bonne allure vers le nord, jusqu'à Trondheim où ils firent leur seconde escale, le jour suivant. Ils décidèrent d'y rester deux jours afin que chacun puisse se libérer l'esprit, loin de la charge qu'imposait la quête d'Elvira. Celle-ci ne s'y opposa pas, consciente de la difficulté de ce qu'elle leur demandait. Elle leur en était par ailleurs reconnaissante, jamais elle n'aurait pu s'imaginer bénéficier de l'appui de personnes qui peu à peu devenaient, pour ainsi dire, ses amis, alors qu'une semaine auparavant ils ne se connaissaient pas.
Même Klaus et Erik y avaient trouvé leur compte, appréciant de plus en plus l'aventure, ils avaient fini par oublier leur première réaction, heureux de passer un moment somme toute agréable avec leurs amis.

En somme tout se passait pour le mieux jusqu'à présent, et Elvira travaillait ses nouvelles capacités avec Julia. A présent elle pouvait entendre une pensée distincte à une distance raisonnable sans fournir trop d'effort. Elle apprenait vite. Elle ressentait la présence des deux poursuivants, mais ils restaient toujours à une distance qui ne lui permettait pas de les entendre clairement. L'un comme l'autre devaient ignorer les capacités d'Elvira et de Julia, mais ils étaient néanmoins rusés et prudents. Venant de Nathanael, cela ne surprenait pas Elvira, mais en ce qui concernait l'autre, cela l'inquiétait. Ce qu'il voulait demeurait obscur, en tout cas il s'y prenait avec soin. Avec trop de soin pour que ses intentions ne soient pas hostiles. Le connaissait-elle? C'était possible, elle avait peut-être déjà eu affaire à lui, pourquoi en aurait-il après elle sinon? Julia elle-même ne pouvait pas répondre à cette question, l'homme avec son idée fixe gardait toutes ses autres pensées hors d'atteinte, cela faisait l'effet d'un mur, ou d'un très fort brouhaha qui empêcherai d'entendre une personne parler à portée d'oreille. Tout ce que Julia entendait, c'était une sorte de murmure sourd, parfois des mots, tantôt "je t'aurai, vermine" tantôt "ta race ne mérite pas d'être", le mot démon revenait souvent, de même que l'image d'un croquis dans un carnet à l'air ancien, un homme au regard dur et à la machoire anguleuse. Cela seul émergeait des méandres de son esprit, ce qui était néanmoins clair, c'était la virulance avec laquelle il pensait au visage d'Elvira.
En conséquence, cette présence néfaste pesait sur l'esprit d'Elvira, qui devait à chaque seconde s'attendre à voir le débarquer sans prévenir. Sans qu'ils n'en eurent conscience, Elvira devait assurer à tout moment la protection de ses amis, elle en était responsable.
L'idée de passer deux jours plus ou moins éparpillés l'inquiétait quelque peu, cependant Julia lui assura qu'ils resteraient suffisamment proches les uns des autres pour lui permettre de capter le moindre signal d'alerte.

Elvira acceuillit avec soulagement la solitude qui lui était permise. Elle avait passé la plus grande partie de sa vie seule, c'était une habitude. Cela dit, elle s'était accoutumée à la présence de ses compagnons. Jamais encore elle n'avait eut à partager autant de temps avec d'autres personnes qui en outre avaient un point commun important avec elle. Elvira n'en était pas au point de partager son fardeau, du moins leur présence était reconfortante, en quelque sorte.
La vampire profita de son temps libre pour faire quelques recherches au sujet de l'île de Svalbard, rattachée à la Norvège. De nombreuses brochures touristiques étaient mises à disposition, d'autant que Trondheim était elle même un point clé d'un des nombreux parcours touristiques norvégiens.
Elle n'y appris guère plus que le fait que l'île était un centre de chasse à la baleine entre 1612 et 1720; abritait le siècle dernier des colonies minières russes à Pyramiden et Barentsburg et comptait seulement 2481 habitants, la plupart réunis dans la ville de Longyearbyen, des norvégiens autant que des russes.
Sur l'histoire de Svalbard, Elvira apprit que l'île était mentionnée dès 1194 dans une saga islandaise; qu'elle devait son nom - Spitsberg - au navigateur hollandais Willem Barents qui découvrit l'île en cherchant un passage vers la Chine par le nord, qui d'abord nomma le petit groupe d'île "Spitsbergen"- "montagnes acérées" en norvégien. Le mot Svalbard signifiait "côte froide" en vieux norrois. Spitsberg était en fait le nom de la plus grande île de Svalbard, mot qui désigne l'ensemble des îles. Svalbard était connue pour les expéditions dont elle avait été témoin, comme celle d'Amundsen en 1928, une opération de sauvetage au cours de laquelle il trouva la mort.
Elvira se souvenait d'Amundsen, un homme passionné dont les exploits avaient fait couler beaucoup d'encre à l'époque. Elle avait de l'admiration pour cet explorateur, qui repoussait toujours plus loin les limites du monde connu. C'est lui qui, le premier, atteignit le pôle sud en 1911, bien sûr avec intérêt d'abord: il comptait sur cette expédition pour s'assurer gloire et financement pour celles qui allaient suivre.
Il faisait partie de cette longue liste de découvreurs qui n'avaient pas peur de voir plus loin, d'envisager l'impossible; cet homme était muni d'un fort sens de la compétition, son ambition avait toujours été d'être "le premier". En cela il était ce qu'on appelle un galiléen. Avec toute sa détermination il y était parvenu. Elvira était honorée de suivre ses traces, géographiquement autant que d'un point de vue spirituel. Elle aussi se sentait déterminée à aller plus loin, jusqu'au bout de sa quête, non pour la gloire mais pour la paix de son esprit.

Les rues de Trondheim à cette heure avancée du soir étaient presque vides, seulement fréquentées par quelques touristes retournant à leurs hôtels, et de quelques habitants rentrant chez eux après une bonne soirée entre amis. Elvira entendait leurs pensées, espérant trouver Nathanaël dans tout ce fouillis. Elle ne le trouva pas, malgré tous ses efforts. Plus elle avançait, plus elle s'admettait in petto à quel point il lui manquait. Elle aurait tant voulu partager avec lui ce bout de chemin qu'elle faisait avec des gens qu'elle connaissait à peine, sans parler de Ludwig et Geillis. Lui seul connaissait le fond de son âme, ou du moins une grande partie. Lui seul aurait pu atténuer sa solitude, et malgré ses sempiternels sarcasmes lui apporter un peu de réconfort. Son ami, son amant, lui manquait terriblement.
Elvira passa sa nuit à marcher dans les rues éclairées, à chercher désespérément les pensées de celui qu'elle aimait.
La région étant peu ensoleillée à cette époque de l'année, elle pu profiter d'une nuit longue, et resta jusqu'à neuf heures du matin sur la colline de Storheia. Entre dix heures et quatorze heures, le soleil restait toujours très bas dans le ciel, en automne et en hiver; en été le soleil demeurait sous l'horizon de trois heures à minuit, comme un perpétuel lever de soleil. Elvira l'avait lu sur sa brochure, elle s'était dit que même une aube éternelle lui rendrait le bonheur qu'elle avait perdu, a défaut de pouvoir se montrer librement au grand jour.
La colline de Storheia surplombait la ville, pendant des heures Elvira observa les faibles lueurs de la ville en éveil sous un ciel d'encre. Chacune de ces âmes délivrait une pensée, secrète ou à peine voilée, Elvira lisait dans leurs esprits leurs petits mensonges qu'elle devina être quotidiens. Tout le monde a ses secrets, ça elle le savait déjà, mais les entendre... C'était comme si elle violait leurs esprits, comme si elle leur volait la partie la plus intime d'eux mêmes, celle que chacun désire garder enfoui profondément. S'ils avaient su qu'elle écoutait leurs âmes, nul doute qu'ils voudraient sa destruction. Ce monstre qu'elle était, qui leur feraient peur, ils voudraient qu'elle n'ait jamais vu le jour, et feraient tout pour qu'elle ne puisse plus même voir la nuit. Elle se dégoutait tellement. Pas seulement pour ce don qui s'avérait cruel, mais pour tout ce qu'elle était, chaque particule d'elle même lui aurait donné la nausée.
Non par vice, elle continua d'écouter, pour trouver Nathanaël. Elle sacrifiait sa morale, le droit de chacun à penser librement, pour trouver le seul être qui la haïssait plus que nul autre... Quel paradoxe que la vie, parfois.
Contrainte par le jour naissant, elle se leva, se ferma au monde sous ses pieds, et retourna à l'auberge. De minuscules flocons de neiges virevoltaient autour d'elle, tapissant le sol comme une dentelle légère. La saison des faibles neiges était en avance cette année-là.
"Si c'est un signe, se dit Elvira, je me demande bien de quoi il s'agit... Le ciel cherche-t-il à me réconforter ou bien à m'avertir? "
Elvira glissait entre les entrepots colorés de la ville, le visage givré par la neige molle, sur son visage elle ne fondait pas, son coeur était trop froid pour ça. Elle déboucha devant la cathédrale de Nidaros, construite en 1070, restaurée en 1814, un magnifique exemple de l'architecture gothique en scandinavie. L'édifice se dressait majestueusement au-dessus de la rivière Nivelda, et semblait accabler Elvira de toute sa hauteur, ses pointes brandies comme des masses prêtes à s'abbatre sur elle. C'était comme si elle avait compris le mal en Elvira, comme si elle avait su qu'elle avait violé les âmes dont elle était la gardienne.

Quelques minutes plus tard, elle arriva au Pensojat Jarlen, l'auberge dans laquelle elle avait prit une chambre la veille dans l'après-midi, pour elle et Julia.
La chambre était modeste dans sa décoration, de simples rideau jaunes mordorés couvraient les deux fenêtres côte-à-côte, les deux lits couverts de draps blancs faisant face à un poste de télévision à écran plat accroché au mur, blanc lui aussi. Une simple table de bois beige, un fauteuil massif de cuir noir et deux lampes de chevet blanches fixées au-dessus du lit constituaient le mobilier de la pièce. Une petite salle d'eau jouxtait la chambre, qui bien que minimaliste s'avérait acceuillante, chaleureuse même.
Julia sous sa forme de chat ronronnait paisiblement sur le fauteuil, roulée en boule, ses pattes couvrant son museau. Entendant la poignée de porte rouler sur elle-même en un cliquetis metalique, elle ouvrit paraisseusement un oeil, remuant ses oreilles d'avant en arrière. Reconnaissant Elvira elle se leva en s'étirant, le dos rond, bayant à s'en décrocher la machoire. Elle sauta à bas du fauteuil et reprit forme humaine pour saluer son amie.

" Tu es partie longtemps, Dame-Vampire...
-Tu as dormi longtemps, Dame-Chat!
-Certes... La paresse n'est pas un vice pour les chats, répondit Julia avec un clin d'oeil.
-Les nuits sont longues, ici en ce moment. Dis-moi, comment peux-tu écouter les pensées sans avoir le sentiment de les voler?
-Oh, tu sais, je suis née avec ce don, la morale à ce niveau là n'est pas la même pour moi que pour le reste du monde, dont toi. Quand j'étais petite, j'ai appris à selectionner les pensées, la question s'est donc rarement posée.
-Je vois... Mais au fait, je ne sais ni quand ni où tu es née...
-Je suis née en 1998, à Douvres, en Angleterre. J'ai passé la majorité de ma vie au Danemark, mes parents s'y étaient rencontrés.
-Tu as quatorze ans? s'éxlama Elvira, dubitative.
-Ben oui, je suis à moitié chatte, ne l'oublie pas... Les particularités animales et humaines se confondent, je vis plus longtemps qu'un chat lambda, mais je grandit presque aussi vite qu'un chat, aussi. J'ai atteint ma maturité à l'âge de cinq ans. C'est plus tard qu'un vrai chat, c'est vrai, mais bon, ça se vaut. Enfin, je ne me suis jamais posé la question de savoir si mon évolution était proportionnelle ou non par rapport à celle d'un chat, ou à celle d'une femme.
-Dans ce cas, si ton développement est à mi-chemin entre celui d'un chat et celui d'un être humain, cela veut donc dire que tu vis moins longtemps qu'un être humain, non?
-Si, d'après ce que je sais, je peut vivre jusqu'à quarante et un ans au maximum.
-J'aimerais être aussi éphémère...
-Ne dis pas ça, tu es éternelle, il faut faire avec. Moi, je fais avec.
-Quand j'étais humaine, au moins j'avais la certitude que quelles que soient les difficultés que j'allais rencontrer, je finirais par connaitre la paix éternelle.
-La mort n'est pas une récompense. Un passage obligé, tout du moins, mais ce n'est en aucune façon une récompense. Les souffrances existent seulement dans la vie, et leur fin également. C'est dans la vie qu'on connait la récompense pour avoir enduré mille peines. Tu peux t'accabler indéfiniment ou bien décider d'en finir et d'accepter ton sort.
-Tu as peut-être raison, mais tu n'as pas mon expérience. Les souffrances restent vives dans mon esprit, parce que je ne peut pas oublier, pas plus que je ne peut réparer mes erreurs, elles me suivent depuis des siècles sans que je ne puisse faire taire les cris dans ma tête. Bon sang, j'ai une âme, Julia! Tout ce qu'on raconte à ce sujet à propos des vampires est faux, je ressens la culpabilité aussi clairement que lorsque j'étais mortelle. Et dans l'éternité la culpabilité ne s'efface pas. Je ne peut pas faire le choix de faire avec ou non, je dois faire avec, ce n'est pas vivable, crois moi.
-Certes je n'ai pas aussi bonne mémoire que toi, mais que l'on soit immortel ou non, la culpabilité reste toujours ancrée quelque part en chacun. C'est aussi difficile pour eux que pour toi, le fait que leur vie doive s'achever ne les soulage aucunement.
-Comment font-ils pour supporter?
-Il n'y a pas de méthode universelle pour ça. Certains décident tout simplement de se pardonner leurs erreurs, aussi graves soient-elles. Il faut que tu parviennes à te pardonner, Elvira, parce que les personnes que tu as pu faire souffrir ne sont plus là pour t'accorder leur pardon, et celle qui reste est encore fraichement traumatisée parce que tu lui as fait. Il te pardonnera un jour, mais il doit d'abord accepter. Ca prend du temps. Or du temps vous en avez tous les deux.
-Tu es de bons conseils, Dame-Chatte, dit Elvira avec un sourire triste.
-Je t'en prie, nous somme amies, maintenant. Je me suis attachée à toi, tu sais...
-J'ai bien peur que ce soit également mon cas, c'est une autre source d'angoisse.
-Je suis éphémère, oui. Alors profite tant que je suis là, d'accord? Ne t'en fais pas, j'aurai toujours neuf vies dans ton coeur, non?
-Absolument.
-Alors à la bonne heure, soyons amies sans nous soucier de demain, parce qu'il n'existe pas. Tu veux partager mon déjeuner?
-Avec plaisir.

Julia alla chercher la glacière que lui avaient laissé les vampires. Elle en sortit deux tranches de foie de veau saignantes. Une fois repues, Julia retourna se blotir dans le fauteuil de cuir noir, et Elvira s'allongea sur l'un des deux lits, sommeillant à moitié.

-Julia, j'ai une autre question.
-Moui?
-Tu m'as dit que tes parents s'étaient rencontrés au Danemark. Je voudrais juste savoir une chose: tes parents étaient-ils comme toi, des métamorphes?
-Bien sûr, quelle question! D'un humain nait un humain, d'un chat nait un chat; moi je suis née de parents métamorphes.
-Comment étaient-ils?
-Mon père travaillait au sein d'une entreprise de télécom. Il estimait qu'étant à moitié humain, il devait gagner sa vie au même titre que n'importe qui. Ma mère, en revanche, était plutôt comme moi, plus chatte qu'humaine. Ils se sont en fait rencontrés lors d'un voyage de mon père, l'un des nombreux déplacements inhérents à sa fonction. Ma mère était née à Kolding, sur l'île Jylland, mais vivait depuis quelques temps déjà à Copenhague. Ils ont passés quelques jours ensemble au Danemark, mais mon père devait retourner en Angleterre. Ma mère était tombée amoureuse de lui, alors elle l'a suivi. Ils se sont mariés, et deux ans plus tard, je naissait. Ils ont tout les deux la trentaine aujourd'hui, ils vivent toujours en Angleterre. Moi, je suis partie très tôt, trois ans après ma majorité - en 2006, parce que je voulais découvrir le monde. Je me suis établie à Copenhague il y a tout juste quatre ans.
-Ma mère était anglaise, elle aussi. Je ne l'ai pas bien connue, j'avais cinq ans lorsqu'elle est morte. Ce que je sais, c'est qu'elle avait quatorze ans lorsqu'elle et ses parents ont quitté Weymouth, dans le Dorset, pour la Bretagne. Elle s'est mariée à mon père un an plus tard, et m'a mise au monde l'année suivante. Puis elle est tombée malade l'année de mes quatres ans. Pendant des mois, je ne la voyait quasiment plus, elle restait constamment dans l'obscurité de sa chambre. Les derniers mois elle refusait même de me laisser y entrer. Mon père disait qu'elle voulait me préserver. Après sa mort, le père enjoué que j'ai connu a disparu. Il essayait tant bien que mal de ne pas me le montrer, mais je n'étais pas stupide, je voyais bien sa peine sous ses sourires, cette douleur ne l'a jamais quitté jusqu'à sa mort. Mon... état l'a tué, je crois. Il n'a pas supporté de me voir suivre les traces de ma mère, je restait terrée dans ma chambre nuit et jour. Je n'étais pas mourante physiquement, mais il sentait que j'étais morte à l'intérieur. Il ne s'est jamais douté que j'était devenue un vampire. Je voulais désespérement trouver le vampire qui m'avait métamorphosée, parce qu'il avait détruit ma vie toute entière, je voulais détruire la sienne. Je suis restée quelques temps en Bretagne, puis je suis partie, ne trouvant aucune trace de lui.
- Tu ne te souviens pas bien de ta maman? Tu as pourtant une très bonne mémoire, non?
- Oui, je me souviens sans avoir à chercher dans ma mémoire, mais cette capacité est survenue dès l'instant où j'ai été métamorphosée. Avant ça, ma mémoire était normale, et les vieux souvenirs ne sont pas ressortis comme par enchantement à sa surface. Je n'ai de ma mère que des bribes de souvenirs. Je me souviens de son odeur, je me souviens qu'elle était belle, et intelligente. J'étais jeune, je ne me souviens pas du reste.
-Quelle dommage...
-Oui, j'aurais aimé la connaitre davantage.
-Je m'en doute. Et comment as-tu rencontré Ludwig? Vous semblez vous connaitre depuis longtemps.
- Il faut savoir déjà que Lüdwig est un vampire connu et respecté depuis longtemps. Il a formé de nombreux jeunes vampires au cours de sa vie. Il leur a appris à respecter leur nature tout en respectant la nature de chacun.
Il avait donc déjà bonne réputation lorsque j'ai fait sa connaissance. C'était en 1789, à Paris. La Révolution française avait fait beaucoup de dégats, j'y ai laissé mon dernier mari et la fortune que j'avais accumulée pendant des siècles. Bien sûr, je soutenais les révolutionnaires, leur cause me semblait juste, et j'étais issue de leur classe sociale, tu comprends? Mais entre les révolutionnaires et les royalistes, mon argent à été mis à profit, que je le veuille ou non. Mon époux à l'époque s'appellait Philipe Saint-Armant, il était issu d'une famille de la noblesse française, et était comptable au service de Louis XVI. Il a été tué par une bande de révolutionnaires, parce qu'il s'opposait farouchement à la révolution, il ne supportait pas l'idée qu'on le prive de ses privilèges.
J'étais sur le point de quitter Paris, elle était devenue trop dangereuse pour moi. Pas à cause de ma nature, pour une fois! Car bien que je soutenasse leurs revendications, les révolutionnaires ne voyaient pas d'un bon oeil quel que noble que ce fût, et la guillotine dont ils étaient si fiers aurait été une arme fatale pour moi. Que j'aie eu envie de les aider n'y changeait rien, ils étaient trop en colère.
Lüdwig est arrivé à point nommé, nous nous sommes rencontrés un soir d'agitation, la ville venait d'être mise à sac, et j'ai été prise au sein d'une foule enragée. Lüdwig m'a trouvée là, m'a extirpée de cette foule et entrainée en lieu sûr. Nous avons attendu des heures dans une cave humide que la foule se disperse, vers deux heures du matin nous avons pu enfin sortir, les lueurs de leurs flambeaux rougissaient encore le ciel à quelque distance de là où nous étions, près de Belleville. La foule avançait en direction des Champs-Elysée, Lüdwig et moi décidames de nous diriger vers l'est.
Quelques jours plus tard nous nous retrouvâmes en Alsace, à Niederbronn, où nous sommes restés de longs mois. Niederbronn n'avait pas été épargnée par les catastrophes liées a l'état de l'agriculture - les secheresses et la grêle- , ni par la hausse des prix du pain. Cependant, l'endrois demeurait calme. Les agriculteurs étaient certes indignés, mais ils ne pouvaient pas se rendre à Paris pour se faire entendre, ils devaient s'occuper de leurs terres déjà mises à mal et de leurs familles. Aussi nous avons pu attendre en ces lieux que les choses se tassent. Et comme tu le sais sans doute, elles ont fini par se tasser, en effet. La déclaration des Droits de l'Homme à été prononcée un mois après notre départ, en aout 1789, mais il fallu attendre dix ans que la Révolution française ne s'achève enfin.
Ces dix années je les ai passées avec Ludwig, qui m'enseigna le respect de la vie humaine. Il m'apprit à concilier ma nature carnivore et mes origines humaines. Il a toujours considéré que nous n'étions en rien supérieurs à la race humaine, pas plus que les humains n'étaient supérieur aux diverses races animales. Simplement, nous devions faire en sorte de nous nourrir de façon à ce qu'un équilibre soit créé. Nous ne sommes pas restés longtemps à Niderbronn, nous avons pendant ces dix années visité l'Allemagne, les Pays-Bas - dont il était originaire, le Danemark - où nous sommes restés le plus longtemps - , l'Autriche, l'Italie, puis l'Angleterre.
Nous avons finit notre course à Londres au cours de l'hiver 1800. Mon enseignement était achevé, Lüdwig devait retourner en Hollande. Soixante-treize ans plus tard je faisait la connaissance de Nathanael et... enfin, la suite en ce qui le concerne tu la connais.
J'ai revu Lüdwig au cours des années 1960, période au cours de laquelle il rencontra Geillis, qu'il vampirisa en 1967. J'ai connu Geillis deux ans avant sa transformation, très vite nous nous sommes attachées l'une à l'autre. Enfin, elle s'est attachée à moi, pour ma part je me refusais à ressentir de l'affection pour qui que ce soit. C'est cette année là qu'ils partirent pour les Etats-Unis, moi je suis restée quelques années en Ecosse, en Irlande et ensuite en Angleterre. Puis en 1996 je suis retournée en France, dans la région parisienne, où j'ai vécu jusqu'à il y a presque un mois.
- Tu as vécu toute sortes de conflits au cours de ta vie, ça n'a pas dû être facile de trouver un endroit où tu puisses vivre...
- Oh, tu sais, il y a toujours des conflits partout et tout le temps, mais rarement dans tous les pays à la fois, tu vois? J'ai toujours eu la possibilité de trouver des lieux hors des conflits en cours. C'est vrai qu'il m'était difficile avant la seconde moitié du XXème siècle de rester plus d'un an au même endroit, mais bouger n'étais pas un problème. Je n'ai jamais pu rééllement m'installer nulle part et, c'est vrai, il y a des moments où je le regrette; mais dans le fond, le lieu n'a pas d'importance. Je suis chez moi partout où je pose les pieds.
-Je comprends, c'est aussi ce que je pense.
-Pendant toutes ces années passées avec Lüdwig, le plus important, ce n'était pas où nous passions nos jours, c'était le fait que nous étions ensemble. Quand il est parti, j'ai d'abord ressenti comme un vide, il était mon mentor. Il était pour ainsi dire comme un père pour moi, et je sais qu'il m'aimait comme sa fille. Mais j'avais besoin de plus. Mes maris n'étaient pas à même de comprendre, et je ne les aimais pas. C'est tout juste si j'avais de l'affection pour eux, comme on en a pour ses amis. J'avais besoin... je ne sais pas, d'amour peut-être. Oui. Surement, oui, j'avais besoin d'amour dans ma triste vie. Nathanael a été le premier homme que j'ai aimé rééllement, longtemps avant que je ne le transforme. J'ai été d'un égoisme sans nom. J'ai été cet être dont je cherche à me venger depuis si longtemps, j'ai détruit sa vie parce que je me sentais seule. J'ai agit sans altruisme, sans réfléchir aux conséquences, ce fut le coup d'une impulsion que je n'ai pas su contrôler. J'ai été stupide.
- Il t'en veux, c'est une certitude, mais il ne te hais pas.
-Tu me l'as déjà dit. As-t-il pensé une seule fois à moi autrement que comme une créature maléfique, une assassine, une salope ou un monstre sans coeur?
-Hum. Je pense qu'il essaie de se persuader que c'est le cas, mais dans le fond, il t'aime. L'amour et la haine sont deux sentiments très liés. Force est d'admettre qu'on ne hais pas quelqu'un dont on se fout royalement! Il t'a d'abord aimé, ça il y pense souvent; mais tu l'as blessé, alors la haine est venue se supperposer à l'amour. Ces deux sentiments se retrouvent désormais en conflit dans son esprit, il ne sait pas auquel des deux il doit accorder le plus d'importance.
-Je comprendrais que la haine l'emporte.
Julia se leva pour s'assoir à côté de son amie, et la pris dans ses bras.
-Ne crois pas ça, douce Elvira, tu es digne d'être aimée, je le sais. Tu as fais des erreurs, mais aucune d'elles ne sont une raison valable pour que tu t'inflige cette... auto flagellation. Tu es tellement certaine d'être haissable que tu en oublie de te pardonner. Tu n'es pas parfaite, alors accepte-le. Nathanael finira par accepter ce qu'il est, parce qu'il n'en a pas le choix. Tu dois lui laisser le temps, et en attendant avancer sans te retourner. Tu as un passé tel qu'aucun humain ne peut en avoir, mais n'oublie pas que le passé n'existe pas. La seule vérité est le présent, - bien qu'il soit aussi incertain que le passé et l'avenir, celui-ci étant en perpétuel mouvement - mais il est néanmoins le seul temps expérimentable, donc seule vérité. Ton passé fait qui tu es, mais il ne doit pas façonner l'instant, juste le soutenir.
-Je le sais, je le sais bien, j'ai lu Bergson, tu sais...
-Tes références philosophiques sont admirables, répondit Julia en riant, mais il ne s'agit pas de philo! C'est de la vie dont il s'agit, les grands philosophes ont une forte tendance à exprimer par de grands mots ce qui fait l'essence même de la vie. Nul besoin d'être Bergson pour constater que le temps est fugitif...
-Tu as raison, encore une fois! Tu es une femme intelligente, et cultivée. As-tu fait des études?
-En fait, personne ne s'est jamais posé de questions sur mon âge, et comme mon père s'est intégré à la société, j'ai pu bénéficier assez tôt du système éducatif anglais. Ma mère m'a fait suivre les cours de primaire à la maison, puis je suis entrée durectement en terminale au lycée, à deux ans j'avais l'allure d'une ado! Suite à ça je suis entrée à l'université, où j'ai fait deux années d'études de lettres et une de philosophie, entre 2000 et 2003. Je suppose que depuis tout ce temps, tu n'as pas eu besoin de passer par un enseignement scolaire?
-Non, en effet. Mon père a été un peu l'égal de ta mère, la différence était juste au niveau de ce qu'il m'enseignait. Assez tôt, mon père m'a appris l'essentiel en ce qui concernait les travaux des champs, il m'a aussi appris à lire et a compter. Il était marchand et cordonnier, je l'aidais à tenir les comptes quand j'avais entre neuf et vingt ans. A cette époque, il n'était pas indispensable d'aller à l'école, à plus forte raison lorsqu'on était une fille. Si je n'avais pas été vampirisée, j'aurais fini ma vie mariée avec quelques enfants à ma charge. Une femme n'avait pas besoin d'être érudite. Mais voila, j'ai été vampirisée et obtenu une mémoire plus qu'excellente. Et surtout j'ai eu le temps! J'ai appris seule, en lisant beaucoup surtout, mais aussi en fréquentant des gens d'importance qui ont su m'apporter des connaissances essentielles, souvent malgré eux. Jusqu'à récemment, les hommes m'ont considérée comme une femme sinon simple d'esprit, au moins d'intelligence inférieure à la leure. Ils avaient tort, et pas seulement parce que je suis un vampire. Les femmes ont longtemps été sous-estimées, c'était une erreur. La plupart des vampires, dont moi, ne sont pas dotés d'une intelligence exceptionnelle, avoir de la mémoire ne signifie pas être intelligent. Oh, je ne suis certes pas stupide, mais je ne suis pas plus intelligente que n'importe qui d'autre.
- On se fait beaucoup d'idées au sujet des vampires, hein?
-Oui, on s'en fait beaucoup. Les gens ont toujours tendance à exagérer, disons, sur ce qu'ils ne connaissent pas. Les vampires ne sont pas des versions parfaites de l'humain, juste une version alternative. Les vampires sont un esprit vivant dans un corps mort, mais ça ne fais pas d'eux des êtres puissants, de grande beauté et d'une intelligence sans limites.
Les humains ont fait du vampire un fantasme, ils sont fascinés par l'éternité, et s'imaginent que ce qui est éternel est nécéssairement bien meilleurs qu'eux sur tout le plan physique, comme à l'égal de Dieu. Mais être l'égal de Dieu n'a jamais été une chose envisageable, alors les humains ont considéré que la créature éternelle qui n'était pas Dieu devait nécessairement être un démon maléfique, amoral, devant payer pour avoir eu droit à l'éternité.
C'est surtout les écrivains du vingtième siècle qui se sont mit à émettre cette idée selon laquelle le vampire devait évoluer dans une constante mélancolie; après avoir considéré l'éternité comme un cadeau ils ont imaginés que ce devait être un fardeau. Ca n'est pas le cas pour beaucoup de vampires, qui pourtant ne sont pas des êtres cruels et à la morale négative. Les vampires ne sont pas maléfiques, ni l'inverse d'ailleurs, nous avons une morale identique à la morale humaine, ou se confondent en une relative harmonie les principes de bien et de mal.
Et non, et je tiens à le dire, parce qu'aujourd'hui c'est une chose particulièrement risible: les vampires ne sont pas tous dotés d'une beauté parfaite! La vampirisation ne prive pas l'humain de sa sale gueule!
-On va dire que tu as eu de la chance!
-Exact! J'ai la chance d'être agréable à regarder, mais j'ai souvent pu constater qu'un vampire reste tel qu'il était avant sa transformation. Et j'en ai vu des gratinés tu peux me croire...
-Ca me semble logique. Regarde, la nuit est tombée! Tu va sortir?
-Peut-être. Oui, surement. Veux-tu m'accompagner?
-Avec plaisir!"

Sur ces mots Julia se leva prestemment, et enfila son manteau. Même sous sa forme de chat, elle aurait eu froid dans cet après-midi glacé.
Ensemble, Julia et Elvira parcoururent la ville, longeant ses quais, observant sur l'autre rive d'adorables maisons sur pilotis, faites de multitude de couleurs chatoyantes, révélées par les lueurs de reverbères.
Elles passèrent de longues heures à déambuler, visitant comme l'auraient fait deux amies ordinaires, s'émerveillant de ce qu'elles voyaient, riant et discutant de choses et d'autres.
Vers une heure du matin, Elvira ramena Julia, qui sommeillais à demi, jusqu'à l'auberge. A son tour Elvira s'endormi. Sous ses paupières closes elle vit le visage de Nathanael, au-dessus d'elle, qui riait et pleurait à la fois, tenant ses mains dans les siennes.

Le lendemain au soir, les neuf compagnons se retrouvèrent devant le bâtiment principal de l'Université de sciences et technologie, un imposant édifice de pierres gris-brun à la porte cerclée par une voute richement décorée; située sur la rive opposée à celle de la cathédrale de Nidaros, au centre de la ville.
Ensemble ils se rendirent dans un centre commercial afin de refaire le plein de vivres. Ils reprirent la route deux heures et demi plus tard, se racontant leurs deux journées séparés.
Ils atteignirent Tromso deux jours plus tard. Il n'y avais pas d'avion en partance avant trois jours. Au bout de ce délais qu'ils passèrent ensemble à visiter Tromso, ils embarquèrent dans un avion qui les emmena jusqu'à Longyearbyen, capitale de l'archipel de Svalbard.
En cette époque de l'année et sous ces latitudes, la nuit était permanente. Contrairement à ce qu'on aurait pu s'imaginer, le climat actuel n'était pas "polaire" au sens le plus strict. Bénéficiant du Gulf Stream, les températures moyennes de cette fin d'automne avoisinaient les moins vingt degrès, un climat plus doux que de nombreux lieux suivant cette latitude.
Une neige dense, épaisse et immaculée tapissait le sol autour des pistes d'atterissage jusqu'à perte de vue. L'aeroport de Longyearbyen, situé à trois kilomètres à l'ouest de la ville en elle même, avec ses facades noir anthracite, était de taille modeste, peu de voyageurs déambulaient dans le bâtiment. La période était loin d'être celle qui attirait les tourristes venus du continent.

Elvira et ses compagnons décidèrent de passer la soirée au Kroa Bar, qui avait réputation d'être chaleureux, agreable et au service impécable.
Le bois était une matière qui régnait en maitre dans cette salle à l'aspect chaleureux. Les tables et le bar imposant étaient fait dans un bois massif, et des lambris couvraient tous les murs. Derrière le comptoir, les alcools étaient rangés couchés à l'horizontale sur une étagère telle une cave à vins, donnant à l'ensemble un aspect cossu que trop de tavernes n'avaient pas.
A la droite du bar étaient les tables décorées chacune par un unique luminion, dans une salle séparées en deux parties distinctes par une cloison ouverte. Sur le mur du fond trônait une immense peinture représentant un ours polaire, animal emblématique de l'archipel et le mur atenant au premier était couvert de potographies anciennes représentant les mines. La présence de peaux de bêtes tendues sur les murs conféraient à l'endroit un aspect rustique, témoignant de la présence chasseurs - absents depuis que les espèces jadis chassées avaient été classées comme protégées.
" Bien, commença Elvira, nous touchons au but. Gefjon m'a ssuré que Zhoran viendrait à moi, sans qu'il ne me soit nécessaire de procéder à un quelconque rituel. Ca risque de prendre du temps, aussi je tenais à savoir comment vous envisagiez la suite des évènements. Je ne peut pas vous forcer à rester avec moi, c'est évident.
Ce fut Lüdwig qui répondit le premier.
-Ma chère Elvira, nous te soutenons dans tes projets, en conséquence de quoi je décide de rester avec toi jusqu'au bout.
-Merci, mon ami, j'en suis honorée.
-Je ne vois pas d'objection à ce que nous restions tous ici, renchérit Klaus. Il va sans dire que le temps n'est pas un problème pour nous.
Les autres acquiescèrent Klaus. Julia sans le dire fit comprendre a Elvira qu'elle resterai avec elle aussi longtemps que cela lui serait permis.
Cependant, il n'était pas certain que Zhoran apparaitrait en présence de tout ce monde, ce qui impliquait qu'Elvira devrait se rendre seule au point de rendez-vous qu'elle avait choisit. Elle avait décidé que ce lieu serait l'extrémité nord de l'île de Longyearbyen. Elle s'y rendrait seule, ses compagnons resteraient dans la capitale.
Ne sachant combien de temps elle passerait seule, ils décidèrent de fêter ensemble ce qu'ils considéraient comme une aventure excitante.
Tout les neuf restèrent jusquà tard le soir, ensemble, a boire du whiskey en riant et bavardant comme de vieux amis.
Elvira elle-même se surprenait à partager leur liesse. Demain commencerait le point d'orgue de cette traversée des terres de borée, la rencontre avec le guardien suprême des mondes.