Affichage des articles dont le libellé est Texte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Texte. Afficher tous les articles

mercredi 24 avril 2013

Veritas

Veritas

J'aurai pu soutenir le monde de mes mains nues. J'aurais pu rêver des univers qui t'auraient émus. J'aurai pu sentir la foudre sans douleur. J'aurai pu partir dans un monde meilleur.
Mais le monde est trop lourd, mes rêves effacés, la foudre est mortelle et il n'existe que ce monde, aucun autre ailleurs que je puisse espérer.
Les mécanismes de mon âme sont endommagés, ils ne me font plus fonctionner, ils ont perdu toute cohérence.
Hélas, et las de ce poids, je traîne les pieds dans la poussière en rêvant de folies éphémères. Cette poussière grise et dense recouvre tout, mais je crois qu'elle n'existe que sur mes yeux, car certains semblent parler de couleurs et de lumière.
Mon monde est sale et sombre souvent souillé de mornes pensées soufflées par un serpent sifflotant ses mots flottant sur le vent, empesant mes épaules déjà bien basses, ce serpent angoissant s'appelle Veritas.
Une réalité parfois si noire qu'elle assombri la moindre de mes pensées, ma joie s'érode au gré de ces illusions révélées.
J'ai souvent rêvé de mondes plus cléments, pensant qu'ils existaient vraiment. Mais chaque joie s'accompagne de souffrance, chaque merveille d'immondices intolérables.
On ne peut espérer un monde seulement fait de lumière, de couleurs et de joies, mais mon âme est abimée, elle ne peut se résoudre à accepter que douleur et paix puissent coexister. Mais en cela la joie elle-même finit pas s'étioler dans le néant, la joie disparait lentement.
J'aurai pu tenir entre mes mains le monde entier vibrant, mais les mécanismes de mon âme on tué ma capacité d'exister dans la paix, ils ont révélé la réalité: le monde est trop lourd à porter.

24/04/2013

dimanche 31 mars 2013

Mesure à un temps

Mesure à un temps

Marlène. Je me souviens d’elle comme d’un rêve.
Un brouillamini de sons de formes et de parfums.
Des yeux sombres et profonds, des cheveux bruns bouclés en clé de Sol.
Des doigts fins agiles rapides sur les noires et les blanches.

La première fois, je ne l’ai pas vue, elle.
De la fenêtre entendait ses gammes.
Ensuite sur le fond jaune sa silhouette noire comme une amphore,
L’incandescence d’une cigarette entre ses doigts.
Je l’aimai dès la première note.
Dès la première envolée de fumée noire.
Si mineur fût-il cet amour m’accroche comme une croche à la partition.

Chaque soir me postait devant l’immeuble, la fenêtre crachant sa jaunâtre chaleur,
Tuant le néon rose d’un sex shop pas fameux.
Chaque soir Chopin, Mozart ou Beethoven s’invitaient dans sa loge fumeuse ;
Parfois un quidam troublait sa gamme, et dedans le bruit d’ébats entêtants.

Un soir Quidam cria Marlène, d’en bas chialant qu’elle était celle…
Je n’ai pas gardé la suite, « Marlène » tonnant comme l’apothéose d’un requiem.
Sans comprendre comment ni pourquoi, à deux pas elle était là,
Criant d’un lyrisme touchant « casses-toi connard ».
Son regard me croisa me cloua « toi aussi casses-toi ».

Le soir suivant j’étais là. Me vit me toisa, des yeux en double croche.
Et sans savoir comment ni pourquoi, une folle nuit entre ses draps.
Fauré me figea dans sa Pavane.
Comme une note elle s’enfuit s’envole distante et reviens dans une mesure à trois temps.

Le matin somnolent, Quidam hurlant, porte fracassant, Marlène sur Satie expirant.
Quidam sur moi levant une dernière note dans ma mesure à un temps,
Quidam sur moi trophée sanguinolent abattant.
Ma vie défilant, pensait l’amour est une imperfection dans la vie-mesure à un temps.




Juillet 2010.

L'Oiseau de Fer

Ses yeux de chat perçaient l'obscurité, il furetait dans les ruines du Colisée, chassant les rats dont il allait se sustenter. La chaleur étouffante entravait ses allées et venues, l'alourdissait, l'écrasait.
Chasser. Ce soir l'entreprise s'avérait difficile. Toute son agilité féline ne suffisait pas. Il finit par s'allonger sur une pierre antique, les yeux mis clos, il se mit à observer le ciel.
Un oiseau immense jaillit de derrière les nuages, il tournoyait lentement au dessus de lui, le matou fiévreux, qui n'avait que faire d'un oiseau de fer.
L'oiseau gardait en son ventre des mystères, des créatures à deux pattes, aux yeux comme ces soucoupes de lait que parfois les passants lui laissaient. La chose tenait dans sa main un objet, qu'il porta à ses yeux, scrutant comme lui les recoins sombres du monde.
La créature retourna dans l'oiseau métallique, sa besogne accomplie.
Le chat a peine troublé s'endormit.
Les rayons de l'aube mirent en lumière un monde qui ne les verrait plus jamais.

24/06/12

L'Enfant

L'enfant avait une mine affreuse. Ses yeux étaient à peine visibles tant il fronçait ses sourcils. Il n'était pas vraiment en colère, non. Il avait juste parfois l'impression que personne ne le comprenait, il savait tant de choses, lui, du haut de ses sept ans.
Les autres enfants sont des idiots, à leur âge, ne pas comprendre que la Terre tourne sur un axe allant du pôle nord au pôle sud ainsi qu'autour du Soleil selon une période de 365 jours à peu près, ce qui impliquait que le soleil se levait et se couchait, et par conséquent ne jouait pas à cache-cache avec les nuages. Ce n'était qu'un des nombreux exemples de leur stupidité flagrante.
Tellement stupides... Il ruminait cette pensée depuis longtemps.
Il retourna à la dissection du crapaud qu'il avait trouvé le matin même. Il désirait ardemment comprendre comment ça fonctionnait à l'intérieur. Il constata que l'animal possédait des organes à peu de différences près semblables à ceux qu'il avait vu sur les planches d'anatomie de son livre de sciences.
Faire des expériences l'aidaient toujours à se sentir mieux, il oubliait quelques instants les petits ânes qui l'exaspéraient avec leur babillage de débiles profonds, avec leur foutue manie de toujours tout voir comme un jeu et de refuser l'évidence scientifique au profit de fables incohérentes.
Une idée éclaira son esprit et son visage. Il voulait vérifier si ce qu'il observait chez le crapaud existait chez d'autres espèces.
C'est le moment que choisit un petit enfant gras aux doigts enduits de chocolat Milka pour faire son apparition.
Quelques heures plus tard, essuyant ses petites mains tachées de sang dans un chiffon tout blanc, il déduisit à haute voix que ces deux espèces-là avaient beaucoup de points communs. Mais certains de leurs organes différaient parce que, comprit-il, ils n'avaient pas les mêmes fonctions, ceux-ci s'adaptaient à leur environnement et leur mode de vie.
Ceci dit, il ne pouvait s'empêcher de penser que ces deux espèces étaient identiques quant à leur aspect et leur capacité cognitive.
Les autres enfants étaient tellement stupides.


30/06/12

Le Démon dans le Miroir

Parfois, je regarde dans le miroir, et je vois quelqu'un d'autre. Il y a cette personne qui me regarde, qui me ressemble mais qui n'est pas moi. A force de souder mes yeux aux siens, j’aperçois les différences. Tout autour, le monde se met à onduler, à devenir flou, il disparaît. Le reflet devient monstre, me regarde de ses yeux perfides, il veut transpercer mon âme. Il veut faire exploser hors de moi tout ce qui s'y tapit, les doutes, les angoisses, mes démons.
Le reflet s'anime, il est comme un poison, il ne fait que me dévisager de ses yeux noirs. Je le regarde et déjà, je ne me sens plus vraiment comme moi-même, je finit pas me dire que cette horrible chose, c'est moi. Le visage que je présente au monde n'est-il qu'un mensonge habile, qui camoufle la chose immonde? Je suis cet être aux yeux sauvages, qui tente de percer le masque quotidien.
Oui, je suis ce démon, je présente au monde une douceur qui n'est pas moi. Je suis cette chose malsaine et mauvaise, qui veut détruire, avaler le monde et le broyer dans ses mains de fer. Je suis le chaos qui sans savoir pourquoi désire la fin de toute chose.
Ce reflet, là, est mon âme. Et mon âme est noire, sale, affreusement maligne. La folie dans ces yeux, c'est l'envie de chasser l'ennui d'une vie trop bien rangée.
J'en ai asse d'être cette fille parfaite que le monde envie, je veux salir cette belle image que l'on a de moi. J'en assez d'être gentille, agréable et polie.
Je veux être tempête, poisse et vilenie. Je veux devenir ce démon que je vois dans le miroir. Je veux ressentir en moi la liberté de ne pas être bien comme il faut.
Ce démon, là, c'est moi, loin de me faire peur, il m'attire. Soudain le démon me dit: "Et si nous échangions? Deviens le reflet, je deviendrais toi."
Séduite, j'acquiesce, et aussitôt le reflet que je vois disparaît. Je me retourne vers cette vie sage, trop sage, qui doit disparaître.
Le reflet dans le miroir sourit puis s'enfuit. Le masque est tombé, mais tous ceux qui étaient là n'ont eut que peu de temps pour le remarquer, le démon a finit par s'exprimer.

24/06/12

Le Choix

Le Choix

Jamais je n'oublierais son regard.
Le regard de celle qui ne peut plus rien et n'est plus maître de son propre destin. Le regard tremblant, apeuré puis résigné, se heurtent et se livrent bataille dans ses prunelles noires vacillantes.
J'effleure de ma main sa joue. Elle frémit d'une telle violence, le contact est à ce point inadmissible, répugnant? Un acte qu'elle ne peut expier?

Je sens la folie gagner chaque parcelle de son âme, car elle lutte encore. Elle cherche encore une issue, alors même qu'elle sait qu'il n'en existe aucune.
Ses lèvres tremblant comme si quelque chose devait en sortir. Mais il ne sortait rien qu'un souffle chaud, qui s'évadait de son corps effrayé, peu à peu pour ne laisser en elle que froideur.
Avec son souffle s'envolaient les dernières lueurs d’espoir, alors d'un coup elle cessa de lutter.

Les yeux clos, elle abaissa sa tête en signe de reddition. Son souffle devint paisible, calme, prête à recevoir l’opprobre.
Elle ne réagit pas lorsque je lui caressai la tête, lissant ses cheveux en désordre.
Alors certain de sa totale résignation je laissai choir l'arme que je tenais en main pointé sur son cœur – qui peut-être avait par moment cessé de battre.
Je saisit ses poignets et défit ses liens.
J'ouvre la porte de sa prison grise et humide.
Et la laisse seule, seule à pouvoir décider de son sort.
Désormais il n'appartient qu'à elle de sortir à la lumière de ce jour naissant.


4/10/12

Dans le désert

[musique : Love is Pure, Mercury Rev : ]



Dans le désert

Le vent souffle sur le désert, c'est le cri d'une lente agonie. Le vieillard avance, traîne sa solitude, épuise ses jambes déjà fatiguées.
Sa vue le trompe, il voit des choses qui ne sont pas réelles. Son esprit est torturé par l'immensité du vide. Où qu'il pose son regard, le vieillard ne voit que sable et rochers, le soleil accable ses frêles épaules.
Tout n'est que lenteur et lourdeur, son corps lui-même est trop lourd à porter. Son âme est lourde à porter. Il aimerait pouvoir tout vider, sa tête, son corps, peser plus léger que le vide. Ne plus ressentir la douleur.
Ses souvenirs si nombreux dansent devant lui le narguent. Il se souvient de choses qu'il sait ne plus jamais connaître.
Son pas lourd traîne à sa suite des amas de poussière brûlante, qui lui chauffent les mollets. Mais il sait que s'il stoppe sa marche, il n'y aura plus rien à espérer.
Car il se dit que peut-être derrière le désert il trouvera l'océan.
Mais il ne sait pas encore que les océans sont taris.
Il ne sait pas encore qu'il est le dernier et que sa marche est vaine. Qu'après le désert, il n'y aura toujours que le désert.
Le vent souffle sur le désert et emporte avec lui les souvenirs et la vie du vieillard.

5/07/12



Bon Apétit


Crayon 2b et acrilyque noire- A5 - juin 2012


J'ai gouté a cette chair putride, je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je n'ai pas été maître de moi même. Je ne sais plus si je l'ai été un jour. Ma volonté s'est évanouie.
Je n'ai plus que des incertitudes, j'ai le sentiment d'avoir tout perdu, ma vie, mes souvenirs. Je ne sais plus vraiment si je suis moi ou si je suis devenue quelqu'un d'autre.
Je m'allume une cigarette, le cadavre repose sur mes cuisses nues. Le goût du tabac se mélange à celui du sang, je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. Mon corps tout entier me l'a ordonné.
C'était mécanique. Instinctif. Il y a eu comme une décharge à l'arrière de mon crane, et c'est arrivé.
Il a dû se produire quelque chose, pourtant, il ne s'est rien passé d'extraordinaire ces derniers temps. Je me suis couchée de bonne heure hier soir, je me suis levée avec une migraine. C'est là tout ce qu'il y a de notable. Ce soir, ce type à sonné chez moi et la décharge s'est produite.
Mes mains sont noires de sang coagulé, j’ai essayé de les essuyer sur mon short, mais ça s'est étalé.
Je n’éprouve pas de remords. De l’incompréhension seulement. Je sens dans mes tripes que je devais le faire pour survivre, ce n'était pas une pulsion meurtrière.
J'avais faim. Juste faim. De cette faim qui tenaille l'estomac, le serre, comme entortillé dans des doigts invisibles, qui s'amusent à trifouiller tout ça.
J'ai tellement faim.
J'écrase ma cigarette et me lève, écartant du pied le cadavre puant.
Quelques minutes plus tard, quelqu'un sonne à la porte.
J'ai commandé un livreur de pizza avec un supplément de chorizo.


13/07/2012

Ange

Ses yeux bleus me transperçaient comme des flèches de glace. Un halo blond encadrait son visage aux courbes douces.
Elle savait. Elle savait tout, tout de moi, de ma vie, elle savait tout du monde. Elle voyait. Je ne pourrait pas l'expliquer assez justement. Elle voyait jusqu'au fond de mon âme, avec elle les mots étaient inutiles.
Elle posa la main contre ma joue, son pouce effleurait ma tempe. J'avais peur dans le noir, seuls ses yeux éclairaient ma nuit. Elle était cette image fugitive dont on sait qu'elle est vitale, essentielle.
Sa main était d'une telle fraîcheur, j'avais le sentiment que c'était là ce dont j'avais besoin. J'avais besoin d'elle. Elle redonnait sa consistance au monde, en elle se cristallisaient toutes les beautés de la vie.
Cette nuit-là, tandis que je m’éveillait après un sommeil que je jugeait trop profond, son visage radieux me faisait comprendre qu'il me fallait vivre. Sans ça, je perdait la plus belle chose qu'il m'ait été donné de voir.
J'étais mort. Elle ne m'est apparu que l'espace d'un instant, un instant qui me sembla infini. Mais ce n'était qu'un instant, à la suite duquel elle disparu, laissant derrière elle une aura d'une indéfinissable magnificence.
La sirène de l'ambulance me parvint, je restais éveillé assez longtemps pour qu'ils puissent m’emmener et me prodiguer les premiers soins sans lesquels j'aurai replongé dans la noirceur de l'inconscience.
Je ne doit ma survie qu'a cet ange qui ne m'est apparu qu'un seul instant perdu dans l'immensité du temps, un seul instant qui changea ma vie toute entière, parce que ce soir-là j'aurai dû mourir.


30/06/12